D’un vide à l’autre. - Projet en cours







En 2023, dans la cour des Beaux-arts de Paris, j’ai photographié le plongeon d’un étudiant qui, après avoir installé et gravi une échelle de plus de vingt mètres de haut, plongeait dans une grande cuve qu’il avait remplie d’eau. Cette performance constituait le diplôme de fin d’étude de Loïs Szymczak, artiste et plongeur de haut niveau.
Cette collaboration artistique improvisée, alors que l’on ne se connaissait pas encore, est devenue le point de départ d’expérimentations communes croisant gestes sportifs et artistiques, plongeon et photographie argentique.
Ce projet entrepris début 2025, vise à représenter un tour de France par les plongeons. Nous nous imposons d’explorer chacun des départements français.
Cette contrainte nous pousse à sillonner le pays, à voyager à travers les sites et leurs diversités, et à habiter ces lieux par ce geste métaphorique. C’est un découpage arbitraire, lui-même hérité d’une logique administrative. Cette règle nous permet de structurer le projet et de transformer un cadre rigide en espace de liberté où la contrainte devient le moteur de la création. Guidé par une exploration du vide, ce voyage construit une nouvelle cartographie. Le plongeon appartient à un registre d’images chargé de symboles.
Aujourd’hui, il est surtout diffusé sur les réseaux sociaux, capté par des tech-nologies : drones, caméras embarquées etc de plus en plus précises et im-mersives. Elles construisent une esthetique où l’athlète, dans une demonstra-
tion de toute puissance, cherche à dépasser ses propres limites et celles que la nature lui impose. Ces videos laissent peu de place au potentiel poétique de ce geste, pour privilégier l’aspect spectaculaire, réduisant l’espace pour la contemplation et ’imaginaire.Loin des images de plongeons toujours plus complexes qui remplissent internet, nous tentons de réduire cet acte à un seul geste, ou même à une absence de geste : le laisser tomber. La photo poursuit, sans jamais y parvenir totalement non plus, cette tentative visant à transformer une chute en une absence de mouvement, un corps qui tombe en un corps immobile.
Nous voulons valoriser les aspects poétiques et philosophiques du plongeon, en nous éloignant d’une visée purement spectaculaire. L’objectif n’est pas de réaliser des records de hauteur ni de complexité, mais de réinterpréter un geste intemporel, dans lequel se croisent l’art, le sport et la performance. Le corps plongeur engage un dialogue avec les éléments. En les traversant, il invoque le lien entre le corps et l’esprit, l’humain et son environnement.
En devenant un médium à l’échelle du territoire, il questionne la place de l’individu dans un espace commun, géographique mais aussi symbolique.
Je suis équipée d’un petit appareil automatique. La photographie argentique, en noir et blanc, détache la silhouette du plongeur dans un vide texturé, tout en l’unifiant à son environnement.
Le plongeon est un geste instantané, mais la photographie argentique impose une temporalité différée. On peut savoir si le saut est réussi quelques secondes après qu’il ait été engagé, tandis que ma pellicule ne révèle son image que lorsque je pourrai, seule dans ma salle de bain, la développer.
Le plongeon et la photographie argentique partagent l’irréversibilité. Le plongeur s’élance sans retour possible, je déclenche et je n’ai qu’une seule chance. Nos deux pratiques deviennent interdépendantes, liées par le même instant. De là naît une double inquiétude : celle du plongeon par sa dimension risquée et celle de la photographie qui porte la responsabilité de transformer ce geste en image, qui en devient l’unique médium.
C’est à travers elle que se transmettent les paysages, l’attente, la tension, et la beauté de voir Loïs plonger.